Ce que l'État a annoncé
Le 8 avril 2026, à l'issue d'un séminaire interministériel sur la souveraineté numérique, la Direction interministérielle du numérique (DINUM) a annoncé sa sortie de Windows au profit de postes de travail sous Linux. Le même communiqué fixe une échéance à toute l'administration : chaque ministère, opérateurs inclus, « sera tenu de formaliser son propre plan » de réduction de ses dépendances extra-européennes d'ici l'automne.
Ces plans couvrent sept domaines : le poste de travail, les outils collaboratifs, l'antivirus, l'intelligence artificielle, les bases de données, la virtualisation et les équipements réseau. Le poste de travail est le plus visible, parce qu'il touche chaque agent.
La DINUM montre l'exemple à son échelle : environ 250 postes à basculer d'ici fin 2026, sur la base de NixOS, avec un poste sécurisé pour les administrateurs système et un poste bureautique pour les autres agents. D'autres administrations sont plus avancées, comme la Gendarmerie nationale, dont environ 70 000 postes fonctionnent sous Linux depuis plusieurs années.
Les collectivités ne sont pas en reste. La région Occitanie prévoit de réduire de moitié ses licences Microsoft d'ici 2027, et la Ville de Lyon engage elle aussi sa transition vers le logiciel libre.
Toutes les organisations ne partent pas du même point
La DINUM le reconnaît elle-même : ses agents travaillent surtout avec des applications web, ce qui limite les difficultés. Les vrais obstacles apparaissent ailleurs, dans les parcs mixtes où Linux et Windows doivent cohabiter, dans les applications métier conçues pour Windows, ou dans les périphériques et les outils de sécurité.
Un ministère, une collectivité ou un établissement public compte souvent des centaines d'applications, des profils d'agents très différents et des partenaires qui échangent des documents dans des formats variés. La bonne question n'est donc pas « Linux ou pas ? », mais « quels postes peut-on migrer, dans quel ordre, et à quelles conditions ? ».
Les cinq questions à se poser avant de décider
- 1Quels sont les usages réels ?Un agent qui travaille uniquement dans un navigateur, un gestionnaire qui produit des documents bureautiques et un ingénieur qui utilise des logiciels spécialisés n'ont pas les mêmes besoins. Segmenter les postes par profil d'usage est le point de départ.
- 2Quelles applications métier, et sous quelle forme ?Pour chaque application : existe-t-elle sous Linux, en version web, ou seulement sous Windows ? Peut-elle être packagée, publiée à distance, ou faut-il la remplacer ? C'est souvent là que se joue la faisabilité.
- 3Quels périphériques et quelles intégrations ?Imprimantes, scanners, cartes agents, signature électronique, VPN, authentification : chaque dépendance matérielle ou logicielle doit être vérifiée.
- 4Quelle bureautique et quelle messagerie ?La compatibilité des formats avec vos partenaires et les outils collaboratifs retenus, comme ceux de La Suite numérique de l'État, conditionnent l'adhésion des utilisateurs.
- 5Qui exploitera le parc demain ?Un parc Linux demande des compétences, des outils de déploiement et de mise à jour, et un support formé. La DINUM gère par exemple toute la configuration de ses postes comme du code.
Une démarche par étapes, sans interrompre le service
Une fois ces questions instruites, la migration se conduit par lots, en quatre temps.
Le calendrier compte autant que la technique. Comme le souligne Florian Delezenne, de la DINUM, l'enjeu est d'achever la migration « dans un délai raisonnable », pour ne pas rester trop longtemps dans un entre-deux où deux environnements coexistent et coûtent double.
Les erreurs fréquentes
- Choisir la distribution avant d'avoir étudié les usages.
- Généraliser sans groupe pilote, et découvrir les blocages en production.
- Sous-estimer la conduite du changement : formation, communication, support de proximité.
- Oublier les postes qui resteront sous Windows, et la cohabitation des deux mondes.
- Lancer le programme sans pilotage : sans calendrier tenu ni avancement visible, la migration s'enlise.
Par où commencer, concrètement ?
Le plus efficace est une étude d'éligibilité courte, menée avant toute décision. En trois à quatre semaines, elle inventorie le parc, segmente les postes par profil, identifie les applications bloquantes et chiffre les scénarios. Elle aboutit à un dossier de décision qui alimente directement votre plan de réduction des dépendances : le périmètre migrable, les coûts, les risques et un calendrier réaliste.
C'est l'objet de notre Étude Linux poste de travail. Nous pouvons ensuite construire le poste de référence, packager vos applications, migrer votre parc par lots et piloter le programme avec un PMO, l'avancement étant suivi dans Modalyah, notre solution éditée en France. Découvrez notre accompagnement du secteur public.
Sources
- DINUM, communiqué du 8 avril 2026 : « Souveraineté numérique : l'État accélère la réduction de ses dépendances extra-européennes »
- Le Monde Informatique, « La Dinum précise sa feuille de route de bascule sur Linux », 22 avril 2026
- Acteurs publics, « La DSI de l'État précise les contours de sa migration vers Linux », 20 avril 2026
- Banque des Territoires (Localtis), « Souveraineté numérique : l'Europe, l'État et les territoires passent aux actes », 30 juillet 2026